La sélection animale : le choix de la performance au détriment de la rusticité
Des vaches laitières de race Prim’Holstein - véritable usines à lait - aux vaches allaitantes culardes de race blanc bleu belge au postérieur surdimensionné, la sélection animale s’est essentiellement attachée à augmenter les performances productives des animaux. Au détriment bien souvent du bien-être animal et de la qualité. L’exemple de la blanc bleu belge est très parlant : le gène culard sélectionné permet d’obtenir des animaux ayant un fessier hypertrophié. C’est en effet la fesse qui donne le steak ! Conséquences : des animaux qui produisent beaucoup de viande (et bien vendue)… mais des animaux incapables se reproduire naturellement : le taureau ne peut pas monter et la vache ne peut pas mettre au monde le veau sans intervention humaine. Le prélèvement de sperme, l’insémination, la césarienne sont des pratiques systématiques. A ce régime là, la durée de vie du bovin se réduit comme une peau de chagrin…
A la ferme de la Bergerie, le choix de la rusticité a été fait : la Salers est une vache qui vêle seule et sans complication. Les interventions humaines sont occasionnelles. Elle est de plus capable de valoriser des fourrages relativement pauvres et est peu sensible aux maladies et aux parasites. Contrairement aux races dénaturées, les traitements médicamenteux, anti-biotiques ou les vermifuges sont utilisés très ponctuellement.
Bilan 2003 : la dépense en produits vétérinaires (homéopathie, désinfectant) du troupeau de 160 bovins a été de… 50 euros. Les animaux n’ont pas été vermifugés et «montrent une grande vigueur et un état de santé tout à fait satisfaisant» (compte rendu du suivi vétérinaire 11/10/03 - Paul Polis) . Les vaches atteignent allègrement l’âge de 10 ans.
…Et le bien être animal ?
D’autre part, le bien-être animal est souvent « oublié » dans les élevages industriels. L’exemple le plus révoltant est celui des veaux. Pour obtenir une viande est blanche, il est nécessaire de les carencer en fer pour les empêcher de produire de l’hémoglobine qui colore le sang, donc la viande. Or, l’herbe est riche en fer. On les prive donc de tout accès à l’herbe (prairie, foin), en leur mettant au besoin une muselière. Les animaux de la Bergerie sont quant à eux élevés en semi-plein air. A l’abris durant l’hiver, ils sont dans un bâtiment dont l’un des côtés est ouvert pour aérer l’atmosphère tout en évitant les courants d’air. Les animaux déambulent sur une aire abondamment paillée et ont au minimum 10 m² par individu. Les veaux sont dits « broutards » car ils sont élevés en semi-plein air : ils ont le privilège de ruminer herbe et foin… et leur viande est rosée !
Le choix d’une race et le système d’élevage sont deux composantes essentielles de tout élevage : elles en déterminent les points forts… et leurs limites.